Ignorant ta chute

une expérience vidéo sur le sombre, le flou et la peinture avec Emmanuel Vigier
Nimrod se relève et part en quête de ses origines

Michel Foucault et son Corps utopique ouvre la voie : « Se masquer, se maquiller, se tatouer, ce n’est pas exactement, comme on pourrait se l’imaginer, acquérir un autre corps, simplement un peu plus beau, mieux décoré, plus facilement reconnaissable ; se tatouer, se maquiller, se masquer, c’est sans doute tout autre chose, c’est faire entrer le corps en communication avec des pouvoirs secrets et des forces invisibles. »
Nous prenons donc Foucault au pied de la lettre.
D’abord, maquiller le corps, en entier, le corps nu pour le mettre en état de communication avec des pouvoirs secrets et des forces invisibles, tâche difficile s’il en est et rêve fondateur de notre duo de cinéastes.
Pour la première fois, nous n’écrivons pas un mot avant de tourner. Pour la première fois sans scénario, choisissant avec bonheur ce saut dans l’inconnu. Nous réduisons la préparation du tournage à ce seul rituel, le maquillage, pour éviter le retour incident d’une volonté de maîtrise. Emmanuel se prête au jeu du corps maquillé et nous décidons de ne tourner ce film inconnu uniquement la nuit.
Son corps blanc perçant l’obscurité en sera la matière.

Foucault avait raison, le corps sous ce blanc de clown, de danseur de butô, de chaman devient subitement "un territoire mystérieux […] un fragment d’espace imaginaire qui va communiquer avec l’univers des divinités ou avec l’univers d’autrui".
Je suis bouleversé, enthousiasmé par ses possibilités plastiques. Je filme, me laisse porter, je ne fais plus le point, le numérique ressemble à du Super 8, son grain agit comme un révélateur. J’accompagne Emmanuel de quelques mots chuchotés, "plus lentement, change de rythme… "
Devant moi, il devient femme, insecte, animal, son corps est ici, plus présent qu’il ne l’a jamais été, mais aussi très loin, dans un pays que lui seul semble connaître, l’hétérotopie chère à Foucault, […] "petit noyau utopique à partir duquel je rêve, je parle, j’avance, j’imagine […] c’est de lui que sortent et que rayonnent tous les lieux possibles, réels ou utopiques."